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CONFINEMENT et Droits de l'Homme


On parle beaucoup et à juste titre de la nécessité de protéger du Coronavirus les personnes âgées, spécialement dans les EHPAD, ainsi que le personnel qui les encadre.

La protection des patients des hôpitaux psychiatriques, personnes vulnérables à bien des points de vue, et du personnel hospitalier affecté à ces structures vient de faire l'objet d'une série de recommandations spécifiques publiées le 23 mars par le ministère de la santé.


La Commission des citoyens pour les droits de l'homme (CCDH) souhaite rappeler en cette triste occasion que le confinement que nous sommes tous en train de vivre, plus ou moins confortablement et plus ou moins de bon cœur, n'est rien à côté de ce que vivent quotidiennement des milliers de patients psychiatriques confinés loin de chez eux entre 4 murs d'un hôpital, dans un isolement total, assommés de médicaments, parfois attachés, avec juste un lit, un lavabo, une douche, un fauteuil, des toilettes et souvent une caméra de surveillance. Ils ne sont coupables d'aucun crime. Ils n'ont aucun horizon, aucune perspective, pas de contact avec la famille ni les amis, pas de sortie sauf rares exceptions.
 
D'après les nombreux témoignages que nous recevons, et comme chacun peut facilement le comprendre, cet isolement qui dure parfois des semaines et même des mois est vécu comme une expérience très traumatisante.
 
Dans certains cas d'urgence, des mesures extrêmes sont prises pour maîtriser un patient psychiatrique violent ou très menaçant. Cependant, on comprend mal pourquoi ces mesures de privation de liberté seraient prolongées pendant des semaines et des mois. Ce confinement total prolongé tel qu'il est pratiqué dans de trop nombreux hôpitaux psychiatriques n'a évidemment rien de thérapeutique et il ne fait que renforcer la frustration, la colère plus ou moins refoulée et le sentiment d'exclusion des victimes de ces mesures. L'être humain survit très mal s'il est isolé de ses semblables et coupé du monde, surtout quand cette situation lui est imposée. L'homme a besoin de communiquer. La communication en elle-même est thérapeutique, l'isolement prolongé ne peut l'être et il ne fait qu'enfoncer davantage le patient dans son monde. Il ne fait que l'enfermer dans une spirale infernale.
 
C'est bien dans cet esprit qu'une politique de réduction de ces mesures avait été annoncée et initiée en janvier 2016 par le gouvernement.  Où en est-on aujourd'hui ?
 
La CCDH a reçu et étudié plusieurs dizaines de registres et rapports des mesures de contention et d'isolement prises dans des établissements publics de diverses régions de France. Force est de constater que la loi n'est pas respectée et que les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui limitent et encadrent ces pratiques sont très diversement appliquées. La preuve est consignée par écrit dans ces registres.
 
A titre d'exemple, un document reçu récemment montre des durées cumulées d'isolement de 573 jours sur 2 ans (dont 327 jours consécutifs) pour un même patient. Un autre patient, dans ce même établissement, a été mis à l'isolement pendant 480 jours (dont 281 jours consécutifs), un autre 373 jours ; un autre encore 277 jours, etc. Dans tel autre établissement, ce ne sont pas moins de 15 patients qui ont été isolés pour des durées cumulées supérieures à 100 jours, le pire étant 358 jours.
 
Puisse l'expérience de confinement très relatif que nous sommes tous en train de vivre pendant ces quelques semaines nous sensibiliser sur ce qu'est réellement et concrètement l'isolement total et la contention  trop souvent imposés aux patients psychiatriques.
 
La CCDH appelle à nouveau à une application stricte de la loi et des recommandations de la Haute Autorité de Santé  sur cette question, ainsi qu'au respect de la dignité des patients et des droits de l'homme en toutes circonstances.



Samedi 28 Mars 2020
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La Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme - CCDH

Association loi 1901, la CCDH se donne pour objectif de faire respecter les droits de l'homme dans le domaine de la psychiatrie et de la santé mentale conformément à la Déclaration qu'elle a rédigée et qui explicite ces droits. CCDH recueille ainsi des témoignages mais aussi des statistiques et des rapports sur les abus psychiatriques, tels que les internements abusifs, les traitements brutaux et destructifs (électrochocs, neuroleptiques...) ou les diagnostics frauduleux qui font sombrer des millions d'individus dans la spirale destructive de la psychiatrie. Les données sont ensuite utilisées afin de susciter une prise de conscience de la part des autorités et du public en général. Ainsi, des réformes ou de nouvelles lois peuvent être mises en place.