Électrochocs, enfants enfermés, patients attachés la CCDH dénonce le scandale du Pavillon Psychiatrie Villars du CHU de Grenoble
Communiqué de presse
Grenoble : la CCDH appelle à un rassemblement le samedi 2 mai 2026 devant le Pavillon Psychiatrie Villars du CHU de Grenoble pour dénoncer des pratiques psychiatriques indignes et réclamer une enquête.
La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH-France), association reconnue d’intérêt général, engagée depuis plus de 50 ans pour le respect de la loi, des droits fondamentaux et de la dignité en psychiatrie, organise un rassemblement le samedi 2 mai 2026 de 11h à 11h45 devant le Pavillon Psychiatrie Villars du CHU de Grenoble, Avenue de l’Hospice, 38700 La Tronche. Cette action vise à dénoncer des faits d’une gravité exceptionnelle révélés par l’étude des documents hospitaliers relatifs à l’isolement et à la contention, ainsi que par la récente révélation publique d’un recours massif aux électrochocs au sein du CHU de Grenoble.
Les éléments disponibles décrivent une accumulation de pratiques qui soulèvent une question centrale : combien d’abus faudra-t-il encore avant qu’une véritable enquête soit ouverte ? Les données étudiées font état de placements à l’isolement et de contentions d’une durée sidérante, y compris sur des enfants, sur des patients en soins libres et sur des personnes âgées, alors même que la loi encadre strictement ces mesures, qui ne doivent être qu’un ultime recours. Un article Mediapart a récemment révélé qu’une jeune femme a subi 85 séances d’électrochocs en dix-huit mois au CHU de Grenoble.
Des enfants enfermés, des patients attachés
La synthèse établie à partir des registres et rapports annuels du CHU Grenoble-Alpes pour 2021, 2022 et 2023 fait apparaître des situations alarmantes. En 2021, sur 43 mesures recensées, 35 concernaient déjà des patients mineurs en soins libres, parmi lesquels des enfants de 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 17 ans ; l’une des mesures d’isolement a duré 46 h 30 et une mesure de contention a duré 13 heures sur un mineur de 14 ans.
En 2022, la pédopsychiatrie du CHU a encore comptabilisé 32 mesures d’isolement pour 9 patients et une mesure de contention ; un enfant de 7 ans y a subi à lui seul 20 mesures courtes d’isolement réparties sur l’année, dont une mesure assortie de contention. En 2023, les faits deviennent proprement vertigineux : un enfant de 10 ans a subi 3 284 heures d’isolement, soit 137 jours consécutifs ; un autre patient de 10 ans a été isolé pendant 167 heures sur plusieurs jours ; un patient de 11 ans a lui aussi subi plusieurs jours d’isolement.
Ces pratiques sont totalement illégales. Les mineurs sont hospitalisés sous le régime du soins libre, aucune mesure de contrainte ne peut donc leur être imposée.
Les documents étudiés font aussi apparaître le sort de patients adultes et âgés soumis à des contentions prolongées. En 2023, un patient de 81 ans a cumulé 1 420 heures de contention, soit 59 jours au total, avec des périodes continues de 18 jours puis de 39 jours ; une dernière mesure de 42 heures aurait même été prise alors que ce patient était en soins libres. Un autre patient de 61 ans a subi 598 heures de contention, soit 25 jours consécutifs.
L’électrochoc de trop
À ces pratiques d’isolement et de contention s’ajoute le scandale des électrochocs. Une enquête de Mediapart publiée le 28 mars 2026 rapporte qu’une jeune femme prise en charge au CHU de Grenoble a subi 85 séances d’électrochocs en dix-huit mois, avec, à de nombreuses reprises, l’administration de charges électriques maximales de 1 152 milli coulombs ; elle affirme aujourd’hui avoir perdu une partie majeure de sa mémoire. Le même article rappelle que l’Organisation Mondiale de la Santé souligne l’existence d’importantes controverses sur l’efficacité et les risques de l’électroconvulsivothérapie et insiste sur l’exigence d’un consentement libre, éclairé et écrit, en particulier au regard des risques de pertes de mémoire à court ou long terme.
Un scandale qui s’inscrit dans une crise plus large
Ce qui se passe à Grenoble ne peut plus être traité comme un fait isolé. En février 2026, l’Agence Régionale de Santé Île-de-France a suspendu en urgence l’activité de quatre unités d’hospitalisation complète de la Fondation Vallée après des signalements concordants de pratiques non conformes d’enfermement de patients mineurs ; l’agence a indiqué que l’établissement n’avait pas été en mesure de garantir l’arrêt définitif de ces pratiques.
À Melun, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a dénoncé en mars 2026 de graves atteintes aux droits des patients dans le pôle psychiatrie de l’hôpital, évoquant notamment sept décès entre le 1er janvier 2024 et le 1er août 2025, un usage abusif de l’isolement, des mineurs mêlés aux majeurs et des données institutionnelles jugées non fiables.
Dans ce contexte, la situation grenobloise doit être examinée avec la plus grande rigueur. Quand des enfants sont enfermés pendant des jours, quand des patients sont attachés pendant des semaines, quand des personnes en soins libres subissent encore de telles mesures, et quand une jeune femme ressort d’un parcours de soins en disant qu’on lui a volé sa mémoire, il ne s’agit plus d’« incidents », mais d’un signal d’alarme majeur pour l’État de droit.
Objet du rassemblement
Par cette manifestation du 2 mai 2026, la CCDH entend alerter l’opinion publique, les autorités sanitaires, les magistrats, les élus et l’ensemble des acteurs concernés sur des pratiques qui appellent des réponses immédiates. L’association demande qu’une enquête soit ouverte sans délai sur les pratiques de sismothérapie, d’isolement et de contention au CHU de Grenoble, que toute mesure contraire au droit cesse immédiatement, et que la protection des patients mineurs, des patients en soins libres et de toutes les personnes vulnérables soit effectivement garantie.
La CCDH sera présente sur place pour recueillir des témoignages de victimes, de familles et de personnels soignants travaillant au sein de l’établissement. Toute personne disposant d’informations sur des atteintes aux droits, des pratiques abusives ou des faits contraires à la dignité humaine est invitée à se manifester.
Informations pratiques
Date : samedi 2 mai 2026
Horaire : 11h00 à 11h45
Lieu : devant le Pavillon Psychiatrie Villars du CHU de Grenoble, Avenue de l’Hospice, 38700 La Tronche
Objet : dénoncer les dérives en matière d’électrochocs, de contention et d’isolement ; alerter sur l’enfermement de mineurs et de patients en soins libres ; recueillir des témoignages.
Contact presse
Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH)
Téléphone : 09 81 00 22 92
Email : info@ccdh.fr
Site web : www.ccdh.fr
