Psychiatrie en Guadeloupe : la radio RCI relaie l’alerte de la CCDH sur les patients attachés aux urgences
Le 17 septembre 2026, la radio RCI a consacré un reportage à la situation des patients psychiatriques en Guadeloupe. Le média y rappelle l’alerte lancée par la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme sur les conditions catastrophiques de leur prise en charge.
Ce que RCI retient de l’alerte de la CCDH
Le reportage reprend les constats publiés par la CCDH : des patients maintenus attachés sur des brancards pendant plusieurs jours, et un recours à l’isolement et à la contention supérieur à deux fois la moyenne nationale. RCI relaie aussi la demande adressée par la CCDH à l’État : élaborer le schéma territorial des urgences psychiatriques prévu par le code de la santé publique, que l’association dit toujours absent en Guadeloupe.
Christelle Antoine, secrétaire de section UTS-UGTG à l’EPSM de la Guadeloupe, résume la situation au micro de RCI : « C’est une maltraitance de l’Etat que nous ne pouvons accepter ».
Ces faits, la CCDH-France les documente depuis près de dix ans. Entre le 2 et le 21 août 2026, jusqu’à quatorze patients relevant de la psychiatrie sont restés attachés sur des brancards aux urgences du CHU de la Guadeloupe, pendant trois à dix jours.
Une privation de liberté sans base légale
L’article L. 3222-5-1 du code de la santé publique fait de l’isolement et de la contention des pratiques de dernier recours, décidées par un psychiatre, strictement limitées dans le temps et tracées dans un registre. Aucune circonstance ne dispense de ces garanties. Une contention posée sur un patient en soins libres, sans décision médicale, sans traçabilité et sans intimité, pendant dix jours dans un couloir, n’est pas une défaillance d’organisation : c’est une privation de liberté dépourvue de base légale.
Des alertes officielles restées sans suite
Les faits d’août 2026 n’ont rien de nouveau. Après sa visite de l’EPSM de Guadeloupe et des urgences du CHU de Pointe-à-Pitre et du centre hospitalier de la Basse-Terre, du 29 septembre au 7 octobre 2025, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a publié au Journal officiel du 20 janvier 2026 des recommandations en urgence, datées du 19 décembre 2025. Il y qualifie d’indignes les prises en charge dans les services d’urgences.
Selon son rapport de visite publié en juin 2026, la durée maximale de contention atteignait 1 488 heures, soit 62 jours, et 26 % des mineurs hospitalisés avaient été placés en isolement. Des patients juridiquement en soins libres restaient attachés sur des brancards jusqu’à quatre jours, sans décision médicale tracée.
La CCDH a analysé les quatre registres d’isolement et de contention 2024 de l’EPSM de la Guadeloupe. Ils recensent 1 141 mesures sur la seule année 2024, dont 916 isolements et 225 contentions. Près de 70 % des isolements dépassent le plafond légal de quarante-huit heures sur chacun des deux sites. Un isolement a duré 658 jours. Un patient de 18 ans a été isolé pendant 90 jours. Des contentions ont atteint 420 heures, plus de dix-sept fois le plafond légal de vingt-quatre heures.
Le 6 août 2026, la CCDH a saisi l’Agence régionale de santé de Guadeloupe, les procureurs de la République de Basse-Terre et de Pointe-à-Pitre, et le Comité européen pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe. Elle a également alerté l’Inspection générale des affaires sociales et la Haute Autorité de santé. À la date de son communiqué du 9 septembre 2026, aucune de ces autorités n’avait répondu.
Ce que demande la CCDH-France
La CCDH-France demande une mission d’inspection sur place de l’ARS, une inspection nationale de la filière psychiatrique guadeloupéenne par l’IGAS, l’ouverture d’une enquête pénale pour atteinte arbitraire à la liberté individuelle, un contrôle de suivi par le CGLPL, la prise en compte de ces faits dans la certification de l’établissement par la HAS, et la communication des registres 2021 à 2023 que l’EPSM refuse toujours de transmettre malgré les décisions de justice. Elle demande enfin à l’État de mettre en place le schéma territorial des urgences psychiatriques prévu par l’article L. 3221-5-1 du code de la santé publique.
À lire sur RCI : « Une maltraitance que nous ne pouvons accepter » : les patients psychiatriques laissés à l’abandon en Guadeloupe
Documents disponibles sur demande : analyse détaillée des registres 2024 de l’EPSM de la Guadeloupe, copies des saisines du 6 août 2026. Contact : info@ccdh.fr
