Hospitalisée librement, enfermée deux semaines en chambre d’isolement
Une jeune femme de 29 ans nous a adressé le récit de sa dernière hospitalisation en psychiatrie. Admise en soins libres, à sa propre demande, elle a passé deux semaines en chambre d’isolement, par moments attachée, jusqu’à son transfert en réanimation. Elle a accepté que nous publiions son témoignage et l’une de ses illustrations.
« J’aimerais apporter le témoignage de ma dernière hospitalisation, dans l’espoir de comprendre si les conditions d’isolement et de contention que j’ai vécues respectaient la loi. J’espère aussi que mon témoignage aidera à faire cesser ces pratiques, que je considère inutiles pour la guérison et que j’ai vécues comme de la torture.
Cette hospitalisation était une hospitalisation libre, à ma demande. Je sais reconnaître les signes qui annoncent une phase maniaque. Sentant celle-ci arriver, j’ai appelé à l’aide à plusieurs reprises avant d’être admise à l’hôpital.
J’étais très angoissée. Je réagis mal aux anxiolytiques et on m’en donnait en grande quantité, ce qui n’a fait qu’aggraver mon agitation. Alors que j’étais hospitalisée de mon plein gré et à ma demande, j’ai appris par la suite que les soignants avaient demandé à ma famille de signer une hospitalisation sous contrainte, parce que mon petit ami me rendait souvent visite et qu’ils craignaient que je parte avec lui.
Ensuite, j’ai été placée en chambre d’isolement. Bien plus tard, on m’a expliqué que c’était parce que je sollicitais trop les soignants. J’ai passé deux semaines dans cette chambre, parfois sous contention, parfois non. Toujours dans l’angoisse, dans la peur. Mes délires se sont amplifiés. Je ne comprenais plus du tout où je me trouvais et mon esprit, désancré de la réalité, me faisait croire que je brûlais en enfer. Littéralement. Au bout d’un moment, j’ai réellement brûlé, prise d’une forte fièvre. Je me suis réveillée en soins intensifs, après deux jours en réanimation. A mon retour, on m’a expliqué que mon cœur était en train de lâcher lorsque les infirmiers ont insisté, contre l’avis du médecin, pour m’emmener en réanimation. Ce médecin, mon psychiatre à l’hôpital, avait changé plusieurs fois mon traitement les jours précédents, avec des neuroleptiques de plus en plus forts à mesure que mes angoisses et mes délires s’aggravaient. A mon retour dans le service, je n’ai plus passé que quelques nuits en chambre d’isolement ; le reste du temps, j’étais libre de circuler dans le service.
Aujourd’hui encore, je ne comprends pas pourquoi on m’a placée à l’isolement. J’étais très angoissée, oui, mais je n’étais pas violente, ni envers les autres ni envers moi-même. L’infirmier qui m’a conduite en chambre d’isolement m’a dit plus tard que, pendant une crise d’angoisse, je lui avais dit avoir envie de mourir. Ce n’était pas une menace de suicide, seulement l’expression d’une souffrance intense. Pour moi, l’isolement et la contention n’ont aucune valeur thérapeutique. J’ai dû travailler longtemps pour surmonter le traumatisme de ces semaines en chambre d’isolement et la violence psychologique qu’elles m’ont infligée. J’en reste profondément marquée.
J’ai fait un syndrome malin avec l’un de ces médicaments. Selon moi, le médecin n’aurait pas dû essayer tout le catalogue des traitements disponibles sur une patiente délirante. Aujourd’hui, je n’ai besoin ni de neuroleptiques ni d’anxiolytiques. Ma pathologie me rend sujette à des bouffées délirantes, mais ces délires-là ont été créés et nourris par ma détention en chambre d’isolement. »
Illustration réalisée par l’autrice, évoquant ces souvenirs.
