Internée, sédatée, humiliée : mon parcours de maltraitances en psychiatrie
« Je souhaite témoigner de ce que j’ai vécu en psychiatrie et des dérives dont j’ai été victime : erreurs de diagnostic, maltraitances physiques et psychologiques, humiliations, chantage, négligences graves, et même des décès de patients survenus à l’hôpital.
De nombreuses personnes sont internées contre leur volonté, lourdement sédatées toute la journée, non pas pour les soigner mais pour maintenir le service « calme ». Pendant ce temps, certains soignants restent dans les salles de repos à discuter, fumer ou utiliser leur téléphone. Il n’y a ni activités, ni sorties, ni véritable accompagnement.
Les médicaments provoquent une agitation intérieure, des troubles moteurs, des difficultés à parler, parfois des crises de catatonie. Peu à peu, nous devenons des « zombies ».
Dénoncer ces violences est presque impossible : les patients sont souvent en incapacité mentale de le faire, la peur des représailles règne et, en face, le corps médical fait bloc. Les médecins se protègent entre eux, c’est l’omerta.
J’ai pourtant choisi de parler et de faire expertiser mon dossier. Des expertises médicales ont mis en évidence plusieurs erreurs de diagnostic et ont conclu à un état de stress post-traumatique lié à de multiples maltraitances : contentions et isolements abusifs, punitions, humiliations, non-respect de l’intimité, insultes, agressions sexuelles commises par d’autres patients faute de surveillance.
Mon premier internement a eu lieu en 2015, alors que je traversais ce que je vivais comme un burn-out. J’ai été enfermée quinze jours et un diagnostic psychiatrique lourd a été posé sur moi sans que je sois informée. J’ai reçu des injections d’antipsychotiques à effet prolongé, que j’ai très mal supportées : dépression sévère, plusieurs tentatives de suicide, arrêt des règles et montée de lait, sans aucune explication sur les effets secondaires possibles.
Après l’hospitalisation, j’ai été placée sous obligation de soins, avec un suivi imposé et des traitements présentés comme incontournables, sous peine de retour forcé à l’hôpital.
J’ai été hospitalisée de force à de nombreuses reprises, sous différents régimes. Des experts indépendants ont ensuite identifié plusieurs fautes : diagnostic initial erroné, absence de véritable diagnostic différentiel, mélange dangereux de médicaments, erreurs répétées d’interprétation des examens, entraînant des privations de liberté injustifiées.
Mais au-delà de ces erreurs médicales, ce sont les maltraitances subies dans certains services qui m’ont le plus marquée. Dans un hôpital, l’insalubrité était constante : urine dans les couloirs, toilettes sales, surpopulation, mélange hommes-femmes, agressions verbales et physiques, propos méprisants à l’égard des patients, absence totale d’activités.
J’y ai subi des attouchements sexuels de la part d’autres patients, alors que j’étais tellement médicamentée que je ne pouvais pas me défendre, et que les chambres n’avaient pas de verrou.
Dans un autre établissement, les locaux étaient corrects, mais les maltraitances étaient surtout physiques et psychologiques : contentions répétées, parfois plusieurs jours de suite, sans accès normal aux toilettes, à l’hygiène ou au sommeil ; punitions humiliantes (manger face au mur, coupure d’eau, isolement systématique) ; déshabillage forcé, plaquage au sol, douches froides imposées en pleine crise, injections administrées de force par une équipe entière, sans discussion possible.
J’ai également connu des privations de soins de base : eau coupée malgré une absence de selles inquiétante, simple jus de pruneaux comme « traitement » avant qu’un véritable lavement ne soit accordé, gestion indigne d’infections urinaires en chambre d’isolement, avec moqueries lorsque je demandais simplement de quoi me laver correctement.
Durant mon parcours psychiatrique, j’ai vu plusieurs patientes mourir à la suite de ce que je considère comme des négligences graves. Pour moi, ce qui se passe dans certains services psychiatriques est pire que ce qui a été révélé dans le scandale des EHPAD.
Beaucoup de patients subissent ces violences sans jamais porter plainte, par peur de représailles ou parce qu’ils n’en ont plus la force psychique. Pour ma part, j’ai tenté de dénoncer ces pratiques, ce qui a entraîné de nouvelles tentatives d’internement dans des unités encore plus fermées.
Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour que ces pratiques soient connues, que des enquêtes indépendantes soient menées et que la parole des patients soit enfin prise au sérieux. La psychiatrie, telle que je l’ai vécue, brise les personnes : elle détruit la confiance dans les soins, fragilise les familles, isole socialement, fait perdre le travail et laisse derrière elle un traumatisme profond. »
