Sans droits et sous sédation : mon internement psychiatrique illégal en Italie
« Lors d’un voyage en Italie du Sud, des gendarmes m’ont contrôlée sur un parking où j’étais garée depuis un moment. J’ai jugé ce contrôle abusif et, face à ma réticence, une ambulance et plusieurs personnes sont arrivées. Ils m’ont manipulée, menacée pour que je sorte de ma voiture, puis provoquée jusqu’à ce que je réagisse, afin de me plaquer au sol, me menotter et fouiller mon véhicule.
Un gendarme m’a alors demandé si j’acceptais d’aller à l’hôpital : j’ai répondu non. Sans avertissement, quelqu’un m’a immobilisée pendant qu’une autre personne me faisait une piqûre, alors que j’étais menottée et dans l’impossibilité de partir. On m’a transportée aux urgences, attachée sur un brancard. Après quelques examens, j’ai été transférée en psychiatrie.
Là, les médecins m’ont présenté un document en me disant que si je ne le signais pas, ils imposeraient un TSO (traitement sanitaire obligatoire). Sur le papier, il fallait cocher « j’accepte » ou « je n’accepte pas », mais ils m’ont interdit de cocher et m’ont ordonné de signer. En lisant brièvement, j’ai vu une liste d’examens qu’ils s’autorisaient à pratiquer, dont une coloscopie, ce qui m’a profondément choquée. Ils ont refusé de m’en donner une copie.
Le lendemain, ils m’ont annoncé qu’ils appliqueraient le TSO de toute façon, sans m’expliquer ce que cela impliquait vraiment. On m’a forcée à avaler des médicaments sans me dire lesquels ni leurs effets, et on m’a fait passer d’autres examens sans explication ni résultats. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.
J’ai vu des patients qui, pour avoir refusé des médicaments ou protesté contre leurs conditions d’internement, recevaient des injections forcées. Ils restaient cloués au lit pendant des jours, incapables de parler. J’ai aussi vu un homme en fauteuil roulant, tremblant, peinant à bouger les bras pour se nourrir, gémissant comme s’il souffrait. Ses jambes m’ont marquée : le bas paraissait encore à peu près normal, mais le haut semblait réduit à la peau et aux os. Je me suis demandé quelle drogue on lui administrait et j’ai été terrorisée à l’idée que des personnes séquestrées puissent souffrir ainsi, sans que personne ne puisse les aider.
Pendant mon internement, je n’ai gardé que mon téléphone et ma montre. Mon argent, mes papiers et le contenu de mon sac ont été enfermés dans une enveloppe dans le bureau des infirmiers. À ma sortie, on m’a rendu une enveloppe déjà ouverte puis refermée au sparadrap. J’avais entendu des infirmiers dire qu’ils allaient remettre ma clé de voiture à des personnes voulant fouiller à nouveau mon véhicule, sans jamais me rendre de comptes. Ils détenaient aussi un carnet avec mes identifiants et mots de passe, y compris bancaires, ce qui, au vu de mes antécédents de piratage et de vol de données, est extrêmement grave.
Aucune intimité n’était respectée : même dans la salle de bain, le personnel entrait comme il voulait. Quand je parlais à quelqu’un, un employé se rapprochait pour écouter. Je n’avais ni vêtements de rechange, ni savon, ni brosse à dents, ni peigne. On m’a ordonné d’enlever mes vêtements, rangés ensuite dans une pièce fermée, et on m’en a donné d’autres, trop grands et humiliants. Le manque d’hygiène, la séquestration et les médicaments ont eu des effets néfastes sur ma santé, et les conditions de vie infantilisaient les patients.
Pour justifier mon internement, gendarmes et médecins ont inventé des mensonges sur moi. Il n’y avait aucune preuve, mais ils ont quand même pu me séquestrer et me droguer, sans procès. J’ai eu le sentiment que, entre les médicaments et les récits répétés sur ce que j’aurais soi-disant fait, ils tentaient de me mettre sous contrôle mental. L’hôpital psychiatrique m’a semblé pire qu’une prison : une fois interné, on n’a pratiquement aucun droit.
Dans les deux premiers jours de TSO, un juge doit entendre le patient. Sans qu’on me le propose, j’ai exigé un avocat. C’est grâce à lui que j’ai pu expliquer clairement ma situation. Le juge a rapidement décidé que je devais être libérée, mais les médecins ont tout fait pour retarder ma sortie, et j’ai dû de nouveau faire intervenir mon avocat. Je suis convaincue que sans son aide, je serais encore séquestrée et abusée. J’ai aussi contacté des associations pour demander de l’aide.
J’étais une femme française, seule et isolée en Italie. Mon histoire montre qu’un internement psychiatrique abusif et illégal peut arriver, et que cela peut détruire des vies dans le silence. »
