Témoignage de mon parcours en psychiatrie
« Je souhaite témoigner brièvement de mon parcours en psychiatrie, des dérives que j’y ai rencontrées, et de la manière dont j’ai trouvé une voie de sortie différente, sans donner aucun conseil médical.
De formation scientifique en physique et chimie, j’ai toujours eu tendance à analyser les choses en profondeur, qu’il s’agisse du monde extérieur ou de ce qui se passait en moi. Cette manière d’observer m’a accompagné tout au long de mon parcours psychiatrique, y compris dans des périodes où j’étais lourdement médicamenté, ce qui rend la lucidité et la prise de recul particulièrement difficiles.
Au départ, j’ai traversé une grave dépression. Mon médecin traitant m’a prescrit des antidépresseurs, comme il le fait pour l’immense majorité des patients en souffrance psychique. Pourtant, mon état ne s’est pas amélioré ; au contraire, sous certains traitements, comme le Zoloft, je voulais mourir chaque jour. J’ai connu une agitation intérieure extrême, une instabilité physique, une violence verbale inhabituelle, et une souffrance telle que j’ai compris à quel point certains effets secondaires, comme l’akathisie, peuvent être insupportables. Avec le recul, j’ai le sentiment que ces prescriptions, faites sans véritable exploration de ce que je vivais, ont été pour moi une porte d’entrée vers une psychiatrie plus lourde.
Face à ces réactions, j’ai été orienté vers des psychiatres et hospitalisé à plusieurs reprises. On m’a rapidement collé une étiquette de « psychose », sans examen vraiment approfondi de mon histoire et de mon contexte de vie. On m’a ensuite prescrit des neuroleptiques. Là encore, mon état ne s’est pas amélioré. Je me suis senti de plus en plus inerte, plus dépressif, comme chimiquement « éteint ». J’ai vécu cela comme une mise sous contrôle par les médicaments, sans vrai souci de comprendre ce que je traversais ni de m’aider à retrouver ma liberté et ma dignité. Le cycle infernal était en place : médecin traitant, antidépresseurs, puis psychiatrie et neuroleptiques, avec cette impression que le généraliste, en prescrivant 90% des antidépresseurs, devient souvent un passage potentiel vers une psychiatrie de plus en plus lourde.
Il y a douze ans, après une nouvelle hospitalisation d’un mois, j’ai décidé que ce serait la dernière. À ma sortie, j’ai choisi de chercher par moi‑même une autre voie. Je me suis inscrit dans un club de tai chi chuan. Au bout de trois mois de pratique seulement, j’ai eu l’impression qu’un énorme poids s’était levé : je ne ruminais plus, ma dépression semblait s’éloigner, et j’ai pu recommencer à faire des projets. J’ai pratiqué le tai chi pendant deux ans, puis le qi gong pendant cinq ans. Cette gymnastique de santé très douce m’a aidé à retrouver de l’énergie, une stabilité intérieure, et une vraie capacité à reconstruire ma vie.
Ces améliorations étaient visibles au point de surprendre ma psychiatre, qui parlait de « rémission », mais sans jamais vraiment envisager de réduire le traitement. Quand j’ai proposé d’arrêter les médicaments, elle a refusé. J’ai eu le sentiment que, une fois l’étiquette posée, les psychotropes étaient pensés comme un traitement à vie. Aujourd’hui, je ne me considère plus comme « dépressif » au sens où on me l’avait présenté, même s’il m’arrive encore d’être déprimé à l’idée de prendre toujours un neuroleptique. J’ai le sentiment que ce médicament m’amoindrit mentalement et physiquement et m’empêche de vivre pleinement. C’est pourquoi je cherche désormais, avec prudence, une solution de désintoxication médicamenteuse et des thérapeutes vraiment ouverts à ce type de démarche.
C’est dans ce contexte que j’ai découvert les reportages de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH). Ce fut pour moi un choc… mais un choc salutaire. J’ai réalisé que les analyses que j’avais faites seul, sous médicaments, sur les dérives de la psychiatrie et les atteintes à la dignité des patients, correspondaient à des faits, à des témoignages et à des concepts déjà mis en lumière par d’autres. La CCDH m’a permis de mettre des mots plus clairs sur ce que j’avais perçu intuitivement et analysé de manière isolée. Cela m’a apporté un sentiment de validation et de soulagement : je n’étais pas fou de remettre en question ce que je vivais, mes observations étaient fondées.
Je souhaite simplement témoigner que, pour moi, des pratiques comme le tai chi chuan (art martial très doux) et le qi gong ont joué un rôle essentiel pour sortir de la tristesse, de la fatigue, de l’épuisement et de la dépression, là où les hospitalisations et la psychiatrie médicamenteuse n’y étaient pas parvenues. Je ne donne aucun conseil médical : je raconte uniquement ce qui, dans mon expérience personnelle, m’a aidé à retrouver une qualité de vie. »
Important – Avertissement sur les traitements médicaux
Il ne faut jamais arrêter un traitement médical de sa propre initiative. Toute modification, diminution ou arrêt de traitement psychotrope (antidépresseur, neuroleptique, somnifère, anxiolytique, etc.) doit être discuté et organisé avec un médecin compétent, en particulier en cas d’effets secondaires ou de souffrances importantes.
Notre association, la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme, ne prescrit aucun traitement, ne délivre aucun avis médical et ne se substitue en aucun cas à un avis médical. Notre rôle est d’informer sur les dérives et atteintes aux droits, pas de décider des soins.
Les recommandations officielles montrent d’ailleurs que les traitements psychiatriques ne sont pas censés être donnés « à vie » par principe, mais réévalués régulièrement et limités dans le temps :
– Somnifères / benzodiazépines (hypnotiques, anxiolytiques)
– Pour l’anxiété et l’insomnie, la Haute Autorité de Santé (HAS) et l’ANSM recommandent des durées de traitement courtes :
– insomnie occasionnelle : quelques jours ;
– insomnie transitoire : 2 à 3 semaines ;
– anxiété : durée globale de traitement ne devant pas dépasser 8 à 12 semaines, réduction comprise.
– Au‑delà, les benzodiazépines perdent leur intérêt thérapeutique alors que les effets indésirables (dépendance, troubles de la mémoire, chutes, etc.) augmentent.
– Antidépresseurs
– Pour un épisode dépressif caractérisé, les recommandations (HAS, références citées par le Vidal et les documents de déprescription) indiquent généralement :
– une phase aiguë de 6 à 12 semaines pour faire disparaître les symptômes ;
– une phase de consolidation de 4 à 12 mois, soit une durée totale de traitement d’au moins 6 mois, souvent jusqu’à 1 an après la rémission complète, avant d’envisager une diminution progressive.
– En cas de dépressions récurrentes (plusieurs épisodes), la prolongation peut aller jusqu’à 2 ans, mais toujours avec une réévaluation régulière et un arrêt progressif programmé.
– Neuroleptiques / antipsychotiques
– Pour des troubles psychotiques (comme la schizophrénie ou les premiers épisodes psychotiques), les recommandations internationales évoquent des durées de traitement de l’ordre de 1 à 2 ans pour un premier épisode stabilisé avant d’envisager une réduction, avec évaluation très régulière des bénéfices et des effets secondaires.
– Certaines recommandations parlent de traitements plus longs lorsqu’il y a des rechutes répétées, mais là encore, il s’agit de décisions individualisées, qui doivent être discutées avec la personne concernée, réévaluées dans le temps, et non imposées par automatisme pour la vie entière.
Ces repères montrent que, même selon les sources officielles, les psychotropes (somnifères, anxiolytiques, antidépresseurs, neuroleptiques) doivent être prescrits pour des durées limitées, avec une réévaluation régulière de la balance bénéfices/risques, et non posés comme une fatalité à vie. Toute réflexion sur une diminution ou un arrêt doit cependant se faire avec un médecin, de façon progressive, sécurisée et adaptée à chaque cas.
