Scandale à Guillaume Régnier : des centaines de jours d’isolement et de contention pour les patients psychiatriques
Communiqué de presse
Manifestation de la CCDH devant le centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes mercredi 29 avril 2026 de 12h à 13h
La Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH), association reconnue d’intérêt général et active depuis plus de 50 ans dans la défense des droits des personnes hospitalisées en psychiatrie, appelle à un rassemblement le mercredi 29 avril 2026 de 12h à 13h devant le centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes pour dénoncer des pratiques de contention et d’isolement qui, au vu des documents étudiés, relèvent d’un scandale humain, sanitaire et juridique. Cette manifestation vise aussi à recueillir des témoignages de victimes, de familles et de professionnels de santé souhaitant alerter sur les pratiques constatées dans l’établissement.
À Rennes, des faits d’une gravité exceptionnelle
Les registres et rapports annuels du CH Guillaume Régnier pour la période 2018-2024 décrivent un recours massif, répété et durable à l’isolement et à la contention, y compris sur des durées qui défient ouvertement le cadre légal censé faire de ces mesures un ultime recours.
Pour la seule année 2024, on relève 595 mesures d’isolement supérieures à 72 heures et 217 mesures de contention supérieures à 48 heures, ainsi que 1 137 mesures d’isolement et 649 mesures de contention au total, touchant respectivement 452 et 277 patients.
Les documents analysés font également apparaître des durées individuelles sidérantes : en 2018-2023, certains patients auraient subi des mesures se comptant non pas en heures ni en jours, mais en centaines de jours, parfois sur plusieurs années consécutives. Des situations atteignant plus de 900 jours, 1 200 jours, 1 300 jours, voire davantage, tandis que les documents 2024 font encore apparaître des patients maintenus à l’isolement pendant 357 jours ou soumis à 147 jours de contention sur une seule année.
Une banalisation de l’illégalité
Le cadre légal rappelle pourtant que l’isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours, strictement limitées dans le temps et soumises à une traçabilité rigoureuse. Or les pièces étudiées font apparaître des registres incomplets, des mesures hors espace dédié, ainsi qu’une répétition de pratiques qui donnent le sentiment d’un système de contrainte banalisé plutôt que d’un recours exceptionnel face à un danger immédiat.
La situation des mineurs soulève en outre une inquiétude majeure : alors que les documents mentionnent l’existence de deux chambres d’isolement en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, aucune mesure concernant des mineurs n’apparaît dans les registres 2023 et 2024 transmis à l’association. Cette contradiction nourrit une question grave : soit ces mesures n’existent pas, auquel cas le maintien de telles chambres doit être expliqué, soit elles existent et leur traçabilité échappe au contrôle, ce qui constituerait une atteinte particulièrement sérieuse aux droits des enfants hospitalisés.
Après Fondation Vallée et Melun, combien d’alertes encore ?
L’affaire de Rennes n’intervient pas dans un vide. En février 2026, l’Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France a annoncé la suspension de quatre unités d’hospitalisation complète de la Fondation Vallée à Gentilly après des signalements concordants et des premiers constats portant sur des pratiques non conformes d’enfermement de patients mineurs.
Quelques semaines plus tard, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié en urgence des recommandations relatives au pôle de psychiatrie de Melun, faisant état de violations d’une gravité exceptionnelle, notamment sept décès entre janvier 2024 et l’été 2025, l’enfermement illégal de mineurs en unités pour adultes, un recours massif à l’isolement et à la contention hors cadre légal, et des registres inexacts ou inexploitables.
Ces scandales récents montrent qu’il ne s’agit pas de dérapages isolés mais d’un problème profond de contrôle, de transparence et de respect des droits fondamentaux en psychiatrie. La CCDH demande que les autorités sanitaires, administratives et judiciaires prennent enfin la mesure de la situation et ouvrent les enquêtes nécessaires sur les pratiques du CH Guillaume Régnier.
La CCDH a saisi le CGLPL
Face à la gravité des éléments réunis, la CCDH a saisi le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) le 17 février 2026 pour demander en urgence une nouvelle visite de contrôle du CH Guillaume Régnier, couvrant à la fois la psychiatrie adulte et la pédopsychiatrie. Dans ce courrier, l’association souligne que la dernière visite du CGLPL concernant la pédopsychiatrie de l’établissement remonte à 2016 et qu’elle avait déjà mis en évidence de graves inquiétudes sur l’usage de l’isolement, l’absence de registre conforme et les risques de dérive institutionnelle.
La CCDH a également lancé des procédures contentieuses contre cet établissement, notamment pour obtenir la communication complète du registre 2024 incluant les mesures concernant les mineurs, et dans le cadre d’une action en responsabilité liée aux pratiques d’isolement et de contention.
Appel à témoins et exigence de changement
Par cette manifestation du 29 avril 2026, la CCDH veut alerter l’opinion publique, faire cesser des pratiques abusives et illégales, et redonner une voix à celles et ceux que l’institution réduit trop souvent au silence. L’association appelle les victimes, les proches, les anciens patients et les membres du personnel soignant disposés à parler à venir rejoindre la manifestation et témoigner, afin que les faits soient documentés et que les responsabilités soient établies.
En psychiatrie comme ailleurs, la loi ne peut pas s’arrêter à la porte des services fermés. Quand l’isolement et la contention deviennent des pratiques répétées, prolongées, opaques ou infligées en dehors des conditions prévues par la loi, il ne s’agit plus de soin : il s’agit d’une atteinte grave à la liberté, à la dignité et aux droits humains.
Contact presse
Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH)
Téléphone : 09 81 00 22 92
Email : info@ccdh.fr
Site web : www.ccdh.fr
