TDAH : un essai clinique place le safran comme un traitement efficace contre le TDAH (hyperactivité des enfants)
La CCDH-France demande aux autorités sanitaires de se saisir de ces résultats
Un essai randomisé en double aveugle, publié en 2019 dans le Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology, a comparé pendant six semaines une capsule de safran au méthylphénidate chez 54 enfants et adolescents diagnostiqués TDAH. Les deux groupes ont progressé de la même façon.
Ce qu’a mesuré l’essai de Téhéran
Sara Baziar et son équipe du centre de recherche psychiatrique de l’hôpital Roozbeh, à l’université de Téhéran, ont réparti au hasard 54 patients de 6 à 17 ans répondant aux critères DSM-5 du TDAH entre deux traitements : méthylphénidate, ou capsules de safran (Crocus sativus). Même posologie dans les deux bras : 20 mg par jour en dessous de 30 kg, 30 mg par jour au-delà. Ni les familles ni les évaluateurs ne savaient qui recevait quoi. Cinquante enfants ont terminé les six semaines.
Les chercheurs ont mesuré les symptômes avec l’échelle ADHD-RS-IV, remplie par les parents et par les enseignants, au départ puis à trois et six semaines.
Les scores des deux groupes ont évolué sans différence statistique, du côté des parents (p = 0,425) comme du côté des enseignants (p = 0,701).
Les auteurs concluent à une efficacité équivalente sur six semaines. Ils qualifient leur travail d’étude pilote et appellent à des essais plus larges et plus longs. Cet appel n’a reçu aucune réponse des agences sanitaires européennes.
Le méthylphénidate est un stupéfiant
Le produit auquel le safran a été comparé porte en France les noms de Ritaline, Ritaline LP, Concerta LP, Quasym LP, Medikinet et leurs génériques. Sa structure chimique s’apparente à celle de l’amphétamine.
L’ANSM l’a inscrit sur la liste des stupéfiants. Cette inscription entraîne un régime de prescription qui dit à lui seul le niveau de risque retenu par le régulateur :
- ordonnance sécurisée, posologie et quantités écrites en toutes lettres ;
- durée de prescription limitée à 28 jours ;
- présentation à la pharmacie dans les trois jours ;
- renouvellement de la délivrance interdit sur la même ordonnance ;
- prescription initiale annuelle réservée aux spécialistes en neurologie, en psychiatrie ou en pédiatrie.
Aucun de ces verrous ne s’applique à une plante.
Ce que le résumé des caractéristiques du produit impose de surveiller
Le RCP du méthylphénidate exige un bilan cardiovasculaire avant toute prescription : mesure de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque, recherche d’antécédents familiaux de mort subite d’origine cardiaque ou de décès inexpliqué. Les troubles cardiovasculaires et cérébrovasculaires préexistants constituent une contre-indication. Sous traitement, la tension et le pouls doivent être contrôlés à chaque adaptation de dose. Les effets rapportés incluent tachycardie, arythmie, palpitations et élévation de la pression artérielle.
Le RCP impose ensuite de relever la taille, le poids et l’appétit de l’enfant au moins tous les six mois, et de les reporter sur une courbe de croissance. Le motif figure noir sur blanc dans le document : un ralentissement de la croissance staturo-pondérale est observé chez les enfants traités sur une longue période.
S’y ajoutent les effets neuropsychiatriques placés sous surveillance : agressivité, anxiété, labilité émotionnelle, dépression, idées suicidaires, apparition ou aggravation de troubles psychotiques et d’hallucinations, apparition ou aggravation de tics. Puis le risque d’usage détourné, de mésusage, d’accoutumance et de dépendance.
Un dernier point mérite l’attention des familles. Au-delà de douze mois de traitement, les données d’efficacité et de tolérance restent limitées. Le RCP demande pour cette raison une réévaluation systématique de la poursuite, avec des périodes d’arrêt permettant d’observer l’enfant sans le produit.
Le consentement libre et éclairé
Les articles L. 1111-2 et L. 1111-4 du code de la santé publique garantissent à toute personne une information complète sur les traitements proposés, sur leur utilité, leurs risques et les alternatives existantes. Pour un enfant, les titulaires de l’autorité parentale consentent, et l’avis du mineur doit être recherché dès lors qu’il est apte à exprimer sa volonté.
Un parent à qui l’on propose un stupéfiant pour son enfant de sept ans a le droit de savoir qu’un essai randomisé en double aveugle a placé une plante au même niveau d’efficacité sur six semaines. Il a le droit de savoir que ce résultat demande confirmation. Il a le droit de savoir que personne n’a financé cette confirmation depuis 2019.
Donner du méthylphénidate à un enfant dit hyperactif n’est pas un geste anodin. Le régime de prescription, la contre-indication cardiaque, la courbe de croissance à surveiller et les fenêtres thérapeutiques recommandées le disent tous.
Ce que la CCDH-France demande
Des milliers d’enfants reçoivent aujourd’hui en France une prescription de psychostimulant, et les chiffres de vente progressent d’année en année. L’existence d’une piste évaluée en double aveugle, jamais reprise par la recherche publique européenne, pose une question de santé publique.
La CCDH-France demande à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et à la Haute Autorité de santé :
- d’examiner les résultats de l’essai Baziar et al. 2019 et la littérature clinique publiée depuis sur le Crocus sativus dans le TDAH ;
- de soutenir ou de solliciter une réplication indépendante en France ou en Europe, sur un effectif plus large et une durée plus longue que six semaines ;
- d’intégrer l’état réel des connaissances dans l’information délivrée aux familles au moment de la prescription.
Une piste thérapeutique sans brevet ne trouve pas d’industriel pour la financer. C’est à la puissance publique de combler ce vide.
Source
Baziar S., Aqamolaei A., Khadem E., Mortazavi S. H., Naderi S., Sahebolzamani E., Mortezaei A., Jalilevand S., Mohammadi M. R., Shahmirzadi M., Akhondzadeh S., « Crocus sativus L. Versus Methylphenidate in Treatment of Children with Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Randomized, Double-Blind Pilot Study », Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology, avril 2019, vol. 29, n° 3, p. 205-212. DOI : 10.1089/cap.2018.0146 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30741567/
Données réglementaires : liste des stupéfiants et conditions de prescription (ANSM) ; résumés des caractéristiques du produit des spécialités à base de méthylphénidate.
La CCDH-France ne délivre aucun conseil médical et ne recommande aucun produit. Cet article a une vocation d’information. Aucun traitement en cours ne doit être interrompu ou modifié sans l’avis d’un médecin.
