CONTRAINTE EN PSYCHIATRIE : CONTENTION, ISOLEMENT, ENFANTS MALTRAITÉS
LE SCANDALE QUE LA FRANCE NE PEUT PLUS IGNORER
Plus de 2 100 visiteurs se sont pressés à l’exposition parisienne de la CCDH consacrée aux dérives de la psychiatrie, quelques jours à peine après qu’un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) et une décision du tribunal administratif de Paris ont mis en lumière une situation alarmante à l’Infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police (IPPP).
Du 7 au 12 juillet 2026, la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) a organisé à Paris une exposition intitulée « Psychiatrie : la vérité sur ses abus ». Six jours de documents, de témoignages glaçants et d’une mobilisation citoyenne inédite qui confirment ce que l’association dénonce depuis plus de 50 ans en France : des patients hospitalisés sous contrainte – y compris des mineurs – continuent aujourd’hui d’être isolés, attachés et maltraités en marge de la loi.
En six jours, l’exposition a accueilli 2 100 visiteurs, avec une affluence en hausse constante. Au total, des centaines de témoignages, avis et demandes de contact ont été recueillis.
« Attachée au sol », « réduite à boire l’eau des toilettes » : des visiteurs témoignent
Derrière les chiffres, des dizaines de visiteurs sont venus confier avoir eux-mêmes subi ce que l’exposition dénonce. Une femme résidant a raconté avoir été soumise à 40 séances d’électrochocs, plaquée au sol avec une violence telle qu’elle s’est déchiré les ligaments de l’épaule, et réduite, durant son enfermement, à boire l’eau des toilettes. Un homme a décrit avoir été personnellement placé en contention. Plusieurs visiteurs ont raconté avoir passé leur adolescence hospitalisés en psychiatrie, lourdement sédatés. Une professionnelle de santé a rappelé que des enfants sont, à ce jour, physiquement immobilisés dans des services hospitaliers – une pratique que la loi française réserve strictement à des situations encadrées, et que la CCDH documente comme bafouée dans de nombreux établissements à travers le pays.

Une soirée d’ouverture marquée par des témoignages bouleversants
Le 8 juillet, la soirée d’inauguration a réuni une centaine de personnes – psychologues, éducateurs, enseignants, survivants, présidents d’associations partenaires et militants des droits de l’Homme. La Présidente de la CCDH, Mme Mylène Escudier, a ouvert la soirée en rappelant la récente reconnaissance de l’association comme organisme d’intérêt général et l’obtention, en juin 2026, du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC).
Maître Jerry Béhaja, avocat au barreau de Paris et docteur en droit spécialiste des droits des personnes en soins psychiatriques sans consentement, est intervenu sur les limites du recours légal face à l’absence de consentement aux soins. Deux survivantes de maltraitance psychiatrique ont livré des témoignages poignants : hospitalisations abusives répétées dès le plus jeune âge, erreurs de diagnostic, combinaisons de traitements dangereuses ayant déclenché des épisodes psychotiques, contention et isolement. Le journaliste et auteur Alexandre Macé-Dubois, qui s’est infiltré dans un hôpital psychiatrique pour écrire un livre sur les maltraitances qu’il y a observées, est également intervenu. Enfin, Philippe Descarpentries, secrétaire de la CCDH France, a lu le témoignage de l’infirmier psychiatrique et auteur Dominique Sanlaville, qui rapporte quarante années d’exercice marquées par l’obligation, pour les soignants eux-mêmes, de contenir, isoler et administrer des électrochocs à des patients.
Un rappel brûlant d’actualité : le scandale de l’IPPP
Cette exposition est intervenue au moment où un événement confirme, une fois de plus, la réalité des alertes de la CCDH. Le 13 juillet 2026, le tribunal administratif de Paris a rendu une décision de référé-liberté concernant l’Infirmerie psychiatrique de la Préfecture de Police (IPPP), à la suite d’un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) faisant état de conditions de prise en charge extrêmement préoccupantes pour des personnes parmi les plus vulnérables de notre société. La CCDH, qui étudie actuellement cette décision en vue d’en répliquer la portée devant d’autres juridictions, y voit une confirmation supplémentaire : les atteintes aux libertés fondamentales en psychiatrie ne sont ni isolées, ni datées. Elles se poursuivent, à Paris même, sous le regard des autorités.
« Ce que nous avons vu et entendu pendant ces six jours confirme, une fois de plus, que les pratiques que nous dénonçons ne relèvent pas d’un passé révolu. Des patients sont encore attachés, isolés – parfois des enfants – en dehors de tout cadre légal. Le jugement rendu à Paris sur l’IPPP le confirme : il est temps que la France regarde cette réalité en face. »
– Mylène Escudier, Présidente de la CCDH
Des dizaines de procédures en cours à travers la France
Depuis sa création il y a plus de 50 ans, la CCDH mène un combat juridique de fond contre les pratiques d’isolement et de contention hors du cadre légal. L’article L. 3222-5-1 du code de la santé publique réserve strictement ces mesures aux patients en soins sans consentement et impose la tenue de registres numériques et de rapports annuels – une obligation que la CCDH documente comme violée dans de nombreux établissements à travers le pays.

Une mobilisation citoyenne sans précédent
Au-delà des chiffres de fréquentation, c’est la nature des échanges qui a marqué l’équipe de la CCDH présente sur place. Des visiteurs ont exprimé le souhait de devenir bénévoles, d’autres ont proposé de livrer un témoignage personnel et plusieurs personnes ont formulé une demande d’assistance en tant que victimes. Des professionnels de santé, des avocats et des journalistes ont également pris l’attache de l’association pour explorer des pistes de collaboration. Forte de cette mobilisation, la CCDH annonce la poursuite de son travail de terrain : accompagnement des victimes et des familles qui se sont manifestées, poursuite des contentieux engagés devant les tribunaux, et étude d’une prochaine étape itinérante de l’exposition dans d’autres villes de France.
À PROPOS DE LA CCDH
La CCDH est une association loi 1901 fondée en France en 1974, reconnue d’intérêt général depuis 2024 et dotée, depuis juin 2026, du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). Elle œuvre pour le respect de la loi, des droits fondamentaux et de la dignité des patients en psychiatrie hospitalisés sous contrainte, par des actions contentieuses, des campagnes d’accès aux documents, du plaidoyer public et des rapports internationaux.
